BONBONNE’S BAND (1994)

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série: Les BONBONNE’S BAND (1994)

La photographie est une menteuse. La manie qu’elle a de momifier tout ce qu’on lui montre de vivant et de tasser le cadavre dans un cadre-cerceuil devrait lui valoir nos plus sérieuses réserves quant à ses prétendues facultés à témoigner de la réalité. Cette embaumeuse n’a d’objectif que son œil de verre, pas son témoignage. Elle ignore que notre cerveau perçoit le monde par un jeu complexe de comparaisons, d’associations de fragments. Tout cela dans un temps qui passe, ce qui est totalement étranger à la boîte photographique. Comment pourrait-elle correctement témoigner de la totalité d’un lieu ? Comment photo-décrire tout un volume? J’ai imaginé utiliser une bonbonne de verre emplie d’eau pour, dans sa dioptrie, tenter de faire se plier l’encombrant panorama extérieur (180°), exactement comme se plie, dans la casserole, la raideur des spaghettis ! A travers ces boules, je prenais deux vues directement opposées du paysage pour voir ce que donnerait, par collage l’une sur l’autre, le supposé tout (360°).
C’est un peu comme transvaser tête-bêche, goulot contre goulot l’image des axes cardinaux opposés. Bref, créer des ” sabliers à image ” où le dessus pourrait s’écouler dans le dessous, et assister à une sorte d’accouplement transparent, Yin et Yang réunis. Le résultat est à voir comme des œufs de cristal, fécondés par la seule légèreté du jeu.
Comme les joailliers qui s’extasient de ” l’orient ” d’une perle, je n’avais qu’un moyen de préserver l’éclat naturel de mes petites perles d’eau: Avec la couleur du vrai !

15 éléments associées en paires 6 x 6 cm. Ektachromes transparents.

Photography is a liar. Its obsession for mummifying everything living and cramming it into a picture-coffin should be enough to justify not taking seriously its alleged ability to report reality. The embalmer’s only true objective is its glass eye, not its testimony. It does not know that the human brain perceives the world by means of a complex system of comparisons and association of fragments, and all this over passing time, a notion which is totally alien to the camera. How can it reliably reproduce the wholeness of a place? How can it ‘photo-describe’ a volume?
I thought of using a spherical glass container filled with water and viewing through it the 80° panorama, bending it round just like spaghetti in a pan! I took two directly opposite views through the spheres to see if I could obtain a complete 360° view.
It is rather like decanting the image of the opposite cardinal axes, top to bottom. In short, creating a picture in an hourglass where the top can run into the bottom, to give a kind of transparent coupling, Yin and Yang together. The result looks like crystal eggs, fertilised by the very lightness of the trick.
Like jewellers who enthuse over the “orient” of a pearl, I had only one means of preserving the natural brilliance of my little water pearls: the colours of reality!

15 elements in pairs 6 x 6 cm. Transparent Ektachromes.