ECORCHE (2004)

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L’ÈCORCHÈ ( 2004)

Voici un exemple d’une œuvre très laborieusement accomplie et finalement décevante. Ce n’est que l’ampleur du travail effectué qui la sauve in extremis de sa véritable destination qui devrait être la poubelle !
Un simple bout de ruban adhésif, appliqué sur une portion de peau poudrée de noir, peut fort bien attraper tous les pigments posés sur l’épiderme. Il permet d’obtenir une sorte de négatif de la peau, reproductible sur du papier photographique. Décalquer ainsi un bout de doigt ou une paume est des plus simple, mais faire TOUT le corps, méthodiquement, c’est une autre histoire ! C’est pourtant cette histoire qui est ici finalisée avec ” L‘ECORCHE“.
Assisté de complices indispensables, mon emmaillotage adhésif fut un terrible calvaire de 4 heures, à doubler, côté face puis côté dos. Le reste fut une reconstitution minutieuse des 160 bandes poudrées, sur un support transparent pour en obtenir, par contact
( rayogramme), un bien étrange gnome aplati comme un paillasson.
A vrai dire, je n’aime pas ce résultat. Il est moche ! Ce n’est pas la distorsion des volumes qui me dérange (bien au contraire je gambergeais sur l’effet grotesque de cette mise à plat), mais c’est la stupide équivalence de ce laborieux artifice avec un bien ordinaire nu en pied qui me désespère. Tout ça pour ça !
Comme je l’avoue en introduction, c’est de justesse que je sauve ce travail du pilon, et cela pour deux raisons : parce que je connais trop bien ma fuite à l’image de mon propre corps pour prétendre censurer ce qui n’est qu’une vérité  et aussi parce qu’il se pourrait bien qu’un jour je perçoive en ce monstre, autre chose qu’un échec.
En d’autres termes, à ne voir que ce que l’on sait, le risque est de passer à côté de ce qui est.

2 éléments (positif et négatif) 200 x 100 cm. Epreuves au Chlorobromure d’argent


Here is an example of a very laborious work that turned out to be a disappointment. It was only the amount of work put into it that saved it  from its rightful destination: the dustbin!
A piece of adhesive tape applied to a section of skin dusted with black powder traps all the pigments that have settled on the skin. It gives a kind of negative of the skin that can be reproduced on photographic paper. It is easy to make a transfer of a fingertip or the palm of the hand in this way, but to cover the entire body, methodically, is quite another matter! This is nonetheless what went into the making of L’écorché.
With the help of indispensable accomplices, it took four hours of suffering to complete my sticky swaddling, first the front and then the back. The rest was a meticulous reconstruction of the 160 powdered bands onto a transparent support to give what looks like a funny little gnome, flat as a pancake.
To tell you the truth, I don’t like the result. It’s lousy! It’s not the distortion of the volumes that upsets me (on the contrary, I was delighted with the grotesque flattening effect), it’s the absurdity of having done all that work just to obtain a very ordinary standing nude that makes me despair. So much effort for so little!
As I said at the beginning, it’s only right that I saved this work from destruction, for two reasons : because I know only too well how I avoid images of my own body, in an attempt to censure what is simple reality, and because it may well be that I see something more in the monster than a mere failure.
In other words, by trying to only see what one knows, one might well miss what truly is.

2 elements (positive and negative) 200 x 100 cm. Silver chlorobromide prints.