GEMELLES (1997)

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série : Les GEMELLES (1997)

Ayant abordé, dans les années 80 la difficile technique du Daguerréotype, et bien trop préoccupé alors à obtenir une image sur le miroir d’un plaque d’argent polie, il me fallut bien quatre ou cinq années avant que je m’aperçoive, stupéfait, que cette petite plaque sur laquelle je travaillais tous les jours, me renvoyait… le reflet de mon visage ! Curieux effet de l’attention vers une chose qui rend aveugle pour une autre. Les illusionnistes savent cela. Je pense que ce phénomène est à l’origine de la création de ces ” Gémelles “, quinze années plus tard.
J’avais choisi de photographier des vieux miroirs avec une très grosse chambre noire (100 x 80 cm.) pour enregistrer directement leur image, à l’échelle 1, sur du papier photographique placé dans le fond de la chambre. Une fois révélée, l’image ” mère “, directe, unique, négative, servait ensuite, par contact, à obtenir son double positif de façon à créer une paire symétrique, ensemble qui constitue l’œuvre proprement dite. Cette dualité Yin -Yang est un écho à la formation même de l’image photographique et à l’inversion de sens que réalise également le miroir. La troublante équivalence photographique de l’aspect du reflet du miroir, vu soit en négatif, soit en positif, nous empêche de savoir si par exemple telle zone sombre signifie absence de lumière en positif ou, au contraire, lumière en négatif.
Durant la prise de vue, la grande difficulté technique fut d’obtenir l’image de ces miroirs sans faire apparaître l’incontournable reflet de l’imposante optique qui enregistrait, de face, la surface réfléchissante… Comment  j’ai fais ?  Permettez moi ici de tirer ma révérence et de vous abandonner sans réponses. Je garde mon petit secret, garanti pur analogique, sans ordinateur.
En contradiction avec ma manie de déballer ma caisse à outil explicative, j’éprouve ici le besoin du mystère. L’expérience m’a cruellement démontré que le public, si avide de savoir ” comment c’est fait ” , une foi informé, en arrive à mépriser ce qui ne lui apparaît plus que comme de la vulgaire cuisine… Combien de fois me suis-je retrouvé ainsi stupidement humilié par ce retour de bâton ! Peut-être un jour comprendrais-je enfin ce paradoxe de Voltaire  : “  Le secret d’ennuyer c’est le tout dire “.
Je dois avouer qu’une fois toutes mes ” Gémelles ” achevées et rassemblées dans mon atelier, j’ai eu peur. Peur d’avoir touché à quelque chose d’ultime, peur de ne pas pouvoir aller plus loin. Peur aussi de tous ces miroirs qui s’obstinent à fuir mon visage.
Vous avez dit Narcisse ?

7 paires 80 x 65 cm. Monotypes directs négatifs et positifs. Epreuves au chlorobromure d’argent. Marouflés sur aluminium.

I had already approached the difficult technique of the Daguerreotype in the 80’s, but I was far too busy then just obtaining an image on that mirror of polished silver to notice anything else. It took another four or five years for me to realise, to my astonishment, that the little silver plate I was working on daily also contained… the reflection of my own face! It is a curious thing that paying attention to one thing makes us blind to another. Conjurers are well aware of this.
I think that the phenomenon was at the origin of the creation of these Gémelles, fifteen years later. I had chosen to photograph some old mirrors using a large darkroom (100 x 80 cm) to record the image directly on a scale: 1 , using
photographic paper placed at the back of the darkroom. Once revealed, the “mother” image, direct, unique and negative, then served, by contact, to obtain its positive double, so as to create a symmetric pair which together formed the complete work. Looking at either image of the pair, it is disturbing to find that it is impossible to decide if we are looking at a positive image or a negative one. Any one area of shadow could indicate the absence of light in a positive or, equally, the presence of light in a negative. This enigma in reading the images is the major reason for the work. The similarity between them and the echo of a mirror complete the ambiguity of form.
How did I do it? Please allow me to bow myself out and leave you with no answer. I shall keep my little secret, but I guarantee it was the fruit of pure reasoning, no computers involved. Contrary to my habit of revealing my tricks, I need to maintain some mystery here. Cruel experience has taught me that people, always so avid to know how things are done, tend to scoff once they have been told, thinking that, after all, you have done no more than a child’s game… How many times have I kicked myself for revealing the rules of the game, exposing myself to such humiliation! Perhaps one day I shall at last heed Voltaire’s paradoxical advice «the secret of being a bore is to tell everything».
Should I confess to the shiver of fear I experienced once all my Gémelles were complete and set up in my workshop? Fear that I had meddled with something final. Fear of being unable to go any further. and fear of all those mirrors that refuse to reflect my face.
did I hear you say Narcissus?

7 pairs 80 x 65 cm. Direct negative and positive monotypes. Silver chlorobromide prints.