NIPPONES D’EAU (1996)

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série: Les NIPPONES D’EAU (1996)

Ce travail est la conséquence de ma redécouverte d’un petit livre japonais qui sommeillait dans mes archives. Un vieux petit carnet, relié à la main, rongé par les vers, contenant des pages très fines, imprimées de gravures noir et blanc. Sans doute un ancêtre de la BD Nippone.
En pleine cogitation, à l’époque, sur les techniques photographiques d’enregistrement direct comme les rayogrammes ou les empreintes, je remarquais une particularité insolite de ce cahier avec ses estampes réalisées sur un papier hyper fin, translucide, et surtout un curieux pliage en accordéon qui faisait que chaque page était double et que donc le dos de chaque image était vierge de toute impression. Pour moi, ce livret devenait une collection de positifs transparents. Du pur ready made photographique.
Et de me venir, en avalanche, toutes les imageries du soleil levant : Hokusai et ses paysans qui trottent sous la pluie, des ondes sur l’eau, du vide essentiel, des brumes qui voilent la montagne, des petits poissons chamarrés qui papotent le matin sous une gouttière de bambou… ” Nippones d’eau ” : Un long couloir d’étapes techniques à réaliser. Cramponnez vous.
Construire en verre un bac rectangulaire. Découdre une à une toutes les planches du cahier japonais. Se mettre dans le noir avec un petit flash au plafond. Prendre une large feuille de papier photographique N&B. Poser dessus une des estampes transparente. Recouvrir le tout avec le bac rectangulaire, le remplir d’eau. Y déposer délicatement une poignée de petits poissons frétillants. Préparer une balayette saturée d’eau. Attendre une harmonieuse position des poissons au-dessus de l’estampe, agiter rapidement la balayette pour faire de la pluie et des ondes sur l’eau et, flasher. Révéler le papier photographique. Apparition d’une belle image négative. Avant de la fixer, allumer brièvement toute la lumière du laboratoire. Reprendre la révélation et assister à une magique inversion de l’image où l’encrage de l’estampe et les silhouettes des poissons retrouvent leur vraie tonalité noire. Fixer l’image. Laver. Faire sécher. Ce n’est pas fini. Isoler avec un vernis les zones de l’image qui ne représentent pas l’estampe. Plonger la feuille dans des bains de virage où l’épreuve se pare alors de belle couleur ” vieux papier “. Laver. Dissoudre le vernis. Relaver. Re sécher…
Toute une bagarre technique, rien que pour une poignée d’images uniques (monotypes).
Me reste, avec ces images, le souvenir d’un passionnant voyage quelque part entre la Nipponie et Bricoland..

16 éléments 50 x 60 cm. Rayogrammes monotypes positifs (inversés par solarisation). Épreuves au chlorobromure d’argent avec virage par zone. Marouflés sur aluminium.

This work is the result of my discovering a little Japanese book hidden in the sleepy recesses of my bookshelves. an old notebook, hand-bound and worm-eaten, its thin pages printed in black and white, doubtless a forefather of Japanese comics. At the time, I was cogitating the photographic techniques of direct recording, such as rayogrammes or prints, and I noticed an unusual peculiarity in the book, printed as it was on extremely fine, translucent paper, and especially the curious way in which the pages were pleated like an accordion, so that each page was double, with the print on one side and the back completely blank. For me, that book became a collection of positive transparencies, pure, ready-made photos. And it brought to me an avalanche of images from the Land of the rising Sun: Hokusai with peasants running through the rain, waves on  water, essential void, mists veiling a mountain, dazzling little fishes coming up for air in the morning under a bamboo water spout…Les Nippones d’eau: a long corridor of technical steps to get through. Hold on tight.
Take a rectangular glass jar. unpick all the pages of the Japanese book one by one. Fix a small flash to the ceiling of the darkroom. Take a large sheet of B&W photographic paper. Place one of the transparent pages on top. Cover with the rectangular jar and fill it with water. gently place some small wriggly fishes into the water. Soak a little brush with water. Wait till the fishes have formed a harmonious composition over the print and then shake the brush to make raindrops on the water and then activate the flash. develop the photographic paper to give a beautiful negative image. Before fixing, briefly switch on all the lights in the workshop. Continue developing and watch the magnificent inversion of the image where the ink of the print and the silhouettes of the fish reach their ideal tonality. Fix the image. Wash. Dry. We’re not there yet. Isolate with varnish all areas of the image that do not represent the print. dip the paper into toning baths till the proof turns the colour of “old paper “. Wash. Eliminate the varnish. Wash again. Dry again…
A complicated process for a handful of unique images (monotypes).
Images that bring back to me the memory of a thrilling journey somewhere between Nipponia and Hardwarecity.

16 elements 50 x 60 cm. Positive monotype rayogrammes (inverted by solarisation). Silver chlorobromide prints with split toning.